कैंसर और स्तन प्रत्यारोपण: "जब आपके शरीर में ऐसा होता है, तो आप लगातार चिंतित रहते हैं"

TÉMOIGNAGES – Presque dix ans séparent chacune de ces trois femmes mais toutes partagent la même inquiétude depuis qu’un lien entre le port d’un certain type de prothèses mammaires et la survenue d’un lymphome, rare mais grave, est avéré. Alors que l’une a perdu beaucoup de poids, les autres n’en dorment plus la nuit, obsédées par l’explantation.

Trois femmes, trois parcours de vie mais une même angoisse. Depuis que l’existence d’un lien entre la survenue d’un lymphome rare de cancer du sein et le port d’implant mammaire texturé est reconnue par les autorités, nombreuses sont celles qui s’inquiètent pour leur santé. Au point de ne plus en dormir, de perdre l’appétit, d’en pleurer aussi.

Virginie est l’une des 70.000 patientes françaises actuellement porteuses des modèles concernés par l’interdiction annoncée jeudi par l’Agence nationale des produits de santé (ANSM) “par mesure de précaution”.

C’est en 2016, à 41 ans, qu’elle a pris la décision de se faire poser des implants mammaires à la suite d’une mastectomie préventive liée à une prédisposition génétique au cancer du sein. Alors quand, il y a quelques semaines, dans le sillage des révélations des “Implant Files” (une enquête qui a dénoncé en novembre dernier le manque de contrôle et de traçabilité sur des dispositifs médicaux comme certains implants mammaires, ndlr), la quadragénaire apprend la potentielle dangerosité de ses prothèses, elle a l’impression que le sort s’acharne.

C’est très dur d’accepter de se faire mutilerVirginie, porteuses des implants interdits par l’ANSM

“Je ne peux plus garder ces choses qui me replongent encore une fois dans la peur du cancer, c’est pas possible”, explique celle qui projette une explantation avant l’été. Décrivant la sensation d’”un retour en arrière”, elle revient sur cette période difficile de sa vie, et la décision qu’elle a dû prendre à l’époque. “C’est très dur d’accepter de se faire mutiler, mais moi je l’ai fait pour éviter justement un cancer.”

Il y a peu, après que la marque Allergan, l’une des plus utilisées en France aujourd’hui, ait ouvert un dossier sur son lot de prothèses, Virginie a pris contact avec son chirurgien. Lors de sa consultation, le décalage entre le discours du praticien, et l’inquiétude qui la ronge nuit et jour l’a tout de suite interpellée. “Il m’a proposé de changer de modèles en insistant sur le fait que le rendu esthétique des prothèses lisses et rondes n’est pas tout le même que les texturées”, s’étonne-t-elle encore. “Je lui ai répondu que je m’en moquais, et que ce qui m’importait aujourd’hui c’était simplement de ne pas être malade.”

Ce n’est pas la maladie qui a conduit Sophie, 30 ans, à recourir à la pose d’implants mammaires il y a neuf ans. Mais bien des raisons esthétiques et le besoin de se réconcilier avec son corps après une première grossesse. Comme Virginie, et sans vraiment qu’on ne lui en laisse le choix, ce sont des modèles Allergan qu’on lui a posés à l’époque. “Je me suis dis : je vais me faire plaisir”, explique celle qui avait 21 ans à l’époque, et qui précise d’emblée : “Je me fais contrôler tous les ans et je n’ai jamais eu aucun souci.”

Pourtant, lorsqu’elle a entendu les premiers témoignages de femmes qui se sont vues diagnostiquer un lymphome associé à la pose d’implants mammaires, elle a éprouvé pour la première fois des regrets. “Quand j’ai entendu cette femme dans Sept à Huit, je me suis mise à pleurer”, se souvient-elle, encore émue comme s’il s’agissait d’elle. “Elle a dit : et maintenant on fait quoi ?”

On ne sait plus ce que le futur nous réserveSophie, porteuses des implants interdits par l’ANSM

“On fait quoi ?” Une question que de nombreuses femmes porteuses d’implants texturés se posent depuis quelques mois. Pour ne pas dire la majorité d’entre elles. “Quand on a ça dans son corps, maintenant, on est constamment angoissée à l’idée d’être malade, j’y pense tous les jours”, confie Sophie, peu convaincue elle aussi par l’alternative suggérée par son chirurgien de changer de modèle. “Pour remettre quoi ? Encore de la m..de ? Des prothèses lisses pour que dans trois ans on apprenne qu’elles aussi posent problème ?” Sur les conseils de son avocat, la jeune femme a décidé de porter plainte. Parce que, explique-t-elle, “on ne sait plus ce que le futur nous réserve”.

L’explantation pas prise en charge

Bien qu’”extrêmement angoissée” depuis qu’elle est informée de ce risque de lymphome, Mona*, 49 ans, n’éprouve aucun “sentiment de haine envers la société ou les chirurgiens plastiques”, confie-t-elle. “Je m’en veux à moi, je pense que j’ai manqué de discernement”, lâche-t-elle, avant de s’expliquer : “J’ai une vie saine, je fais attention à ce que mange, je suis très sportive et je me dis : t’as déconné. Comment tu as pu être aussi naïve en pensant qu’en te mettant un truc qui n’est pas du tout naturel, il n’y aurait pas de conséquence.”

Pour elle, le coup de massue remonte à fin novembre 2018, lors de la diffusion de l’émission “Cash Investigation” consacrée aux prothèses mammaires. “Ça a été la descente aux enfers pour moi parce que je ne m’y attendais pas”, se souvient-elle, évoquant le risque de cancer et précisant avoir perdu cinq kilos au cours des semaines qui ont suivi.

Je me suis trouvée totalement superficielle et inconsciente…Mona*, porteuses des implants interdits par l’ANSM

“J’étais incapable de manger, j’ai fait un rejet complet de ces implants et je me suis sentie prisonnière”, poursuit Mona. Mais ce qui ronge par-dessus tout cette mère de trois enfants, c’est la culpabilité. “Je m’en suis énormément voulu parce que c’était un choix purement esthétique, je me suis trouvée totalement superficielle et inconsciente vis-à-vis de mes enfants en prenant un tel risque”, s’en veut-elle encore. Si elle n’a jamais rencontré de souci depuis la pose de ses implants en 2013, elle reste à l’affût du moindre symptôme inquiétant et doute de tout. “Je n’arrêtais pas de me tâter, je cherchais des ganglions, ça devenait obsessionnel”.

Comme de nombreuses femmes porteuses d’implants qui, démunies face à leur angoisse et aux questions qui se bousculent dans leur tête, se tournent vers des associations ou des groupes dédiés sur les réseaux sociaux, c’est finalement auprès d’autres patientes que Mona est parvenue à se raisonner. Sans pour autant perdre de vue son objectif : procéder à une explantation d’ici un an tout au plus. “En fait, ce n’est plus la crainte du lymphome qui me motive parce que je me dis que je me fais suivre assez régulièrement, c’est véritablement le rejet de l’idée même de la prothèse”, résume-t-elle, évoquant un “déclic” et une “perte de confiance totale”.

Mais pour se défaire définitivement de ses implants et des capsules qui les entourent, Mona doit se résoudre à financer, seule, les frais de cette opération. L’explantation préventive n’étant pas recommandée par l’ANSM, aucune prise en charge par l’assurance maladie n’est en effet à ce jour prévue. “Je me sens prise au piège, financièrement je suis obligée d’attendre, je ne peux pas trouver 4000 euros comme ça”, regrette-t-elle.

Face à cette non prise en charge, Sophie qui se considère comme “victime” se dit quant à elle “choquée”, tandis que Virginie évoque une position “lamentable”. Selon cette dernière, les femmes porteuses d’implants texturés qui n’ont pas développé de cancer servent “en quelque sorte de cobayes”. Prise en charge ou pas, celle qui a déjà mis le cancer à distance une fois dans sa vie, ne compte revenir sur sa décision de recourir à l’explantation. Car, conclut-elle, sa “vie vaut plus que de l’argent”.

*le prénom a été changé

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